Vingt jours au Maroc
De Luynes à Merzouga

motifEmbarquement sur le ferry à destination de Ceuta
Le San Miguel dépasse le gros caillou de Gibraltar planté dans la mer et file entre les tourbillons de la Méditerranée et de l´Atlantique vers les côtes marocaines…
Après un plein d’essence détaxée à Ceuta nous passons la frontière…
Au bord de la route des vendeurs de melons jaunes ou de figues de barbarie dorment à l’ombre des eucalyptus, des bergers gardent des troupeaux de chèvres noires et blanches…
La nuit tombe, nous arrivons à Mdiq. Hôtel de la Playa, miteux et sordide.

motifLarache
Côte Atlantique
Les maisons de la médina sont carrées et blanchies à la chaux, portes et volets peints en bleu par décret du gouverneur. Nous déposons nos bagages à la Pension Amal. Sur les conseils du propriétaire nous allons siroter un thé à la menthe au café Lixus. Accrochés aux murs des pendules à des heures différentes, un poster de Marylin Monroe et le portrait du roi Hassan II.

Volubilis1La Maison aux Travaux d´Hercule

Volubilis2La Maison de Vénus Diane et Acteon, Hylas et les nymphes

motifMeknès
Moyen Atlas
Notre ami le roi est partout, encadré dans toutes les boutiques, dans toutes les tenues… Dans sa djellaba blanche, inspiré à l’heure de la prière… en smoking du dimanche, décontracté et souriant, chemise rayée et casquette, sirotant le thé à la menthe… dans sa panoplie d’Altesse, sérieux et sévère… jeune en noir et blanc, vieux en couleur…
Sous les étoiles et les grands eucalyptus odorants du camping Agdal, nous plantons la tente en savourant un thé à la menthe avec des dattes grasses et sucrées en compagnie d´Abdellilal et Hafiz.

Meknes1Camping Agdal. Abdellilal, Odile et Hafiz

Meknes2La médina, Bâb Mansour

motifFès
Moyen Atlas
« Hôtel du Jardin Public, près de Bâb Boujloud, une petite chambre sous les toits. Trempée de sueur, j’ai l’impression d’être dans un hammam, les bains froids en moins… », dixit Odile.
Nous descendons encore dans le ventre de la médina par Bâb Batha à l’aide d’un plan dérisoire dans ce lacis de détours et de culs de sac… On avance au hasard, on grimpe et on descend ce dédale en bosses et en creux. « Balak ! Balak ! » Les cris des portefaix pilotent les bourricots convertibles en estafette ou en taxi…

Fes1Bâb Boujloud et le minaret de la medersa Bou Inania

Fes2La médina, corvée d´eau

Fes3Le souk des Tanneurs Chouara

Fes4Le souk des Teinturiers

Fes5La médina

motifEn direction d´Er Rachidia
Haut Atlas
Sous un soleil tout chaud, tout rond, nous suivons la route droite bornée de poteaux électriques, de lauriers roses, de figuiers et de pommiers, de moutons, des noirs et des blancs… Après le Col du Zad, sous les saluts de quelques enfants sortant en courant d´une kayma, nous descendons les Gorges du Ziz…

ErRachidia

motifMerzouga
Haut Atlas
Après Erfoud nous suivons la piste balisée par les poteaux téléphoniques jusqu´à Merzouga.
Midi, le soleil est au zénith… La chaleur est accablante. Un désert de sable et de cailloux noirs rongent la ligne d’horizon. Nous roulons en direction des dunes ocres de l’Erg Chebbi et de quelques dromadaires flous… « Et si la voiture tombait en panne… »

MerzougaL´Erg Chebbi et les Berbères du désert

Nous invitons Hassan, le propriétaire du camping, à partager nos agapes. Tomates, poivrons, oignons, sel, huile d´olive, pains ronds, oranges et bananes. À l’entrée de sa maison en terre rouge, une grande jarre conserve l’eau fraîche, c’est le frigidaire berbère. Son père, à peu près aveugle, est allongé sur le sol, profitant ainsi de la fraîcheur du carrelage. Sa mère porte un foulard noir brodé de fils rouges, verts et jaunes qui lui couvre la tête et les épaules jusqu’à la taille. Hassan dans les règles de l´art sert le thé à la menthe avec des cacahuètes. Nous attendons tous que le soleil suive sa courbe vers un peu moins de chaleur pour apaiser cette sensation continuelle d’avoir soif…
La nuit est tombée…
Nous avons jeté un sort sur un plat de spaghetti à l´huile rance…
Hassan découpe des quartiers d’orange saupoudrés de cannelle. Son oncle entonne d´anciennes chansons françaises apprises à l’école… Au loin un dromadaire, un âne et un chien reprennent en chœur le refrain d’« Auprès de ma blonde »… La lune a disparu, on devine à peine les dunes, maintenant les étoiles sont à portée de main… On s´endort à la Belle Étoile, nos rêves emportés par la Voie Lactée…

motifTinerghir, Vallée du Drâa
Haut Atlas
Après un kawa lyophilisé, nous partons vers Rissani…
Nous suivons la direction indiquée par Hassan… « Ne tournez jamais à droite ! » Le Sirocco souffle, sec et chaud, dans la palmeraie de Tafilalet… Au bout d’une heure sur cette piste sans repère, la voiture patine dans un gué asséché, près d’une buvette fermée. Pas assez rentable l’été… Quelques gouttes d’eau clapotent encore au fond de la gourde… Après quelques mirages, nous apercevons une voiture… Avec l´aide providentielle de Mohammed et Youssef nous sortons la Super 5 de son piège de sable…
On a de la chance ! Ils ont enterré leur mère à Merzouga… pour soigner ses rhumatismes ! Elle est ensevelie à la verticale dans le sable brûlant, la tête à l’air, sous un petit parasol vert et bleu.
On les remercie avec de chaleureuses accolades et beaucoup de choukrane
Nous plantons notre igloo au camping Atlas, à Tinerghir, dans la palmeraie à côté de l’oued.

TinerghirTinerghir

motifAït Benhaddou
Haut Atlas
Après les gorges du Todra nous filons vers Ouarzazate entre la vallée du Dadès et le djbel Sarho. Nous passons la nuit à Aït Ben Haddou, auberge Al Baraka…

Aït BenhaddouLe ksar

motifTelouet
Haut Atlas
En direction de Marrakech, nous faisons un détour par Telouet pour visiter la kasbah en ruine du pacha berbère de Marrakech, El Glaoui. Nous prenons en route une étudiante française qui fait sa thèse sur les coutumes de la région, l’asservissement des femmes au temps du despotisme des Glaoui, et un touriste italien avec son tapis marocain sur l´épaule.

TelouetLa kasbah

motifMarrakech
Haut Atlas
Après le col du Tizi n´Tichka, nous entamons une longue descente sinueuse et ravinée sur Marrakech…
En zigzags nous passons les remparts de Marrakech entre les taxis verts et les mobylettes pétaradantes, les triporteurs en surcharge et les convois de calèches, les piétons et les ânes bâtés… Aussitôt garée notre Super 5 est rapidement recouverte de cartons par les soins du gardien assermenté. Nous déposons nos bagages à l’hôtel de la Provence…
Tous les soirs, à la même heure, quand les lampes à acétylène éclairent les étals des vendeurs de jus d’orange et quand les écrivains publics assis par terre sortent la tête de leur grand parapluie noir, les gargotes ambulantes enfument Jemaa El Fna… Nos oreilles ne résistent pas aux chants des grasses cuisinières, et nos narines aux parfums épicés des tajines. Tout autour le cortège des jongleurs hypnotiques et des conteurs épileptiques, des diseuses de bonne aventure en djellaba blanche et des apothicaires mystérieux assiègent la place… Les rythmes endiablés des n’firs exaltant les danseurs gnaouas, les mélopées de la variété orientale diffusées à tue-tête par les vendeurs de cassettes, les tambourins et les trompettes des charmeurs de serpents à sonnette pour les touristes vidéomaniaques font vibrer le vieux minaret décrépit de la Koutoubia…

Marrakech1

Place Jemaa el Fna, Place des Ferblantiers

« Des claies de canisses au-dessus du souk filtrent les rayons du soleil, et dessinent sur les visages, des arabesques… » Des échoppes minuscules côtoient les boutiques, les vendeurs racolent les touristes avec les mêmes arguments« plaisir des yeux… pas cher… soyez les bienvenus… » et se refilent les clients
Ainsi, comme par enchantement, on se retrouve de la boutique du marchand de babouches dans l’échoppe d’un apothicaire avec ses bocaux d’herbes et d’épicesOdile négocie les épices et moi les babouches

Marrakech2Le souk

motifEssaouira
Atlantique
Essaouira, bleue et blanche, à quelques encablures de l’Île de Mogador balayée par le vent et les embruns de l’Atlantique
La rumeur de l´océan, les sifflets du chergui et les cris des mouettes, des bribes de conversation incompréhensibles, le son lointain d´un transistor éraillé, le carillon de l´horloge et les appels des muezzins désaccordés… Tous ces indices sonores se mêlent dans ma tête à des visions exotiques
Sous les palmiers verts de la place Moulay El Hassan ou sur les quais de la Sqala des femmes drapées dans leur haïk blanc profitent des derniers rayons du soleil tandis que des pêcheurs déchargent des cales des pointus des sacs d´algues rousses, d´autres des merlans, des pageots et des sardines

Essaouira1Hôtel d´Agadir

Essaouira2

« On remonte vers le Nord… Plus de touareg, plus de dromadaire… »
Le désert ocre et noir, les oasis vertes et paisibles, les palmeraies, les casbahs et les ksours en pisé, les dunes et les mirages de l’Erg Chebbi se diluent dans le rétroviseur

motifTanger
Atlantique
« Thé à la menthe, cigarettes… Les vagues clapotent contre la falaise, la brise est ravigotante et le soleil léger… » Au bout d’une impasse, derrière une porte rouillée, le café Haffa étale ses trois terrasses en espalier à balustrades bleues cernées d’agaves, de cactus et d’aloèsLes Stones, Jimi Hendrix ont fêté sur ces terrasses les nuits étoilées et chaudes de TangerLes côtes espagnoles sont à portée de main, mais combien d´harragas ont brûlé leur papier, combien de noyés et de rêves emportés par les remous du détroit de Gibraltar pour nourrir l’espoir d’une vie meilleure

HaffaCafé Haffa

« En voyage, on accepte tout, l´indignation reste à la maison… »
Elias Canetti, Les Voix de Marrakech

Juillet 1995