Burkina Faso
Petits clichés de Ouagadougou

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Atterrissage à Ouagadougou
L’Airbus survole maintenant des cases minuscules et rondes, des baobabs hérissés, la savane africaine…
J’ai la bouche sèche et les mains moites, le goudron du tarmac ramollit les semelles de mes sandales. Grâce aux astuces d’Emmanuel, un petit billet plié dans la main suffit peut-être, nous passons, Odile et moi, devant les touristes Blancs qui font la queue devant le comptoir de la douane…
Je suis très heureux de rencontrer Françoise, Oriana, gracieuse et fière comme une antilope, Leni, imitateur convaincant du capitaine Haddock.
Françoise et Odile ont fait ensemble l´école d´infirmière à Montpellier, elles sont amies depuis une vingtaine d´années.
Comme tout Burkinabé, Mossi précisément, Emmanuel, son astucieux mari, entretient un poulailler.
Leur maison est proche du Palais du Gouvernement, un avantage afin d’éviter quelques coupures d’eau ou d’électricité intempestives.

ouaga1Leni, Françoise et Oriana

C’est dans le maquis qu’on retrouve ses amis, ceux d’Emmanuel sont sympathiques et affables, comme cet ambassadeur à la retraite qu’on nomme avec respect et une pointe d’ironie « Mon Éminence ».
Sérieuse ou anecdotique, la conversation ne va pas sans rires, mais en sourdine si les propos sont politiques.

ouaga2Emmanuel Convelbo, le Patron

L´Harmattan soulève la terre ocre, la poussière se mélange à l´air. Les margouillats collés aux murs et aux plafonds grâce à leurs pattes adhésives, ou invisibles derrière les tentures se répondent par d´étranges cris. C´est la Nuit Noire des moustiques et des mangeurs d´âme, la nuit d´Afrique…

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Halte ! Plus de tir au but sans capote !

Une calebasse de mil ou un panier d’arachides, un fagot ou une cuvette d’ustensiles ménagers, posés sur la tête, des mamans portent leur enfant sur leur dos, roulé dans des boubous colorés, sur certains sont imprimés des messages amoureux, les slogans de la révolution ou des formules sportives en faveur du préservatif…

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Ciné Oubri, quartier du Grand Marché

Le crâne pelé et le bec crochu, un long cou déplumé vissé sur leur plastron de moine Néophron, dans un nuage de poussière les vautours en escadrons atterrissent sur les détritus. Ces horribles sorciers en glapissant recyclent les légumes et les fruits gâtés, les têtes coupées des poulets bicyclettes comme des automates. À côté des marabouts à croupetons devant un tas de cauris, des apothicaires ordonnent des traitements mystérieux, des potions et des fétiches, les pilules de la pharmacopée occidentale…

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Thérapeute à Bobo

Les bulles d’air des Silures éclatent à la surface du Silmande. Assis sur le talus un rebouteux, à l´ombre d´un lambeau de toile noire, vise du coin de l’œil le bouchon de ma ligne immobile sur l’eau plate.
Deux pêcheurs à bord d’une pirogue lancent d’un geste sûr et gracieux un petit filet de fines mailles et plongent sous l’eau. Souvent le filet est vide mais ils répètent avec patience et endurance leurs gestes et leurs plongeons, terriens et aquatiques, leur peau d’ébène, miroite au soleil comme les écailles des poissons…

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Sur la route de Ouahigouya
Nous prenons le bus, surchargé des soutes au toit pour Ouahigouya…
Près des concessions, quelques chèvres, des vaches blanches gracieusement cornues paissent l’herbe sèche sur la terre craquelée. C’est la brousse…
Pendant les arrêts des enfants s’accrochent aux vitres de l’autobus pour vendre de l’eau, du jus de tamarin ou de gingembre, dans des petits sachets en plastique.

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C´est l´heure maintenant de demander la route
J´ai dans mes bagages des mangues et des papayes choisies par Françoise et j´ai promis à Emmanuel de lui envoyer une canne à pêche télescopique. Odile poursuit son voyage en direction d´Abidjan…
Les étoiles clignotent, encore quelques mots, quelques embrassades…
Le mastodonte blanc s´ébroue avant de s´envoler dans la nuit noire…
Climatisation maximum, je claque des dents… j’ai descendu trop vite l’échelle de la température…

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Marseille sortie de la mer,
avec ses poissons de roche,
ses coquillages et l´iode,
et ses mâts en pleine ville
qui disputent les passants.
Le beau rendez-vous
de vivants qui lèvent le bras
comme pour se partager le ciel
Ici le soleil pense tout haut,
c´est une grande lumière
qui se mêle à la conversation
Marseille, écoute-moi,
je t´en prie, sois attentive,
je voudrais te prendre
dans un coin, te parler
avec douceur, reste donc
un peu tranquille
O toi toujours en partance
et qui ne peux t´en aller,
à cause de toutes ces ancres
qui te mordillent sous la mer.

Jules Supervielle
Débarcadère, 1927

ouaga11Oriana et Sonia Convelbo à Marseille

Novembre 1996