Espagne
La Ruta del Quijote

La Venta del Quijote, le château fort du seigneur qui adouba chevalier le fada de la Mancha est une auberge bien tenue… Des boutiques de souvenirs bradent des caleçons et des cendriers à l’effigie de nos trois guides… Rossinante, Sancho Panza et don Quichotte…

¡Pança! ¿Dondé está?

« Don Quichotte sortit de l’auberge aux premières heures du jour, si content et si fier d’avoir enfin été promu chevalier que sa joie éclatait par tous les pores de son armure. Mais se souvenant que son hôte lui avait conseillé de ne jamais se déplacer sans argent ni chemise, il résolut de retourner chez lui pour se munir de toutes ces choses nécessaires, et aussi d’un écuyer… »


« ― Monsieur le chevalier errant, n’oubliez pas votre promesse de me donner un archipel ; parce que vous pouvez être sûr que je saurais le gouverner, même s’il est très grand.
― Apprends, Sancho Panza, qu’autrefois tous les chevaliers errants nommaient leurs écuyers gouverneur des archipels ou des royaumes qu’ils avaient gagnés dans leurs aventures ; et j’entends bien respecter une si louable coutume.
― Dieu fasse de vous un grand chevalier et vous donne la victoire dans les combats. »

¡Aquí estoy!


Une petite route en lacets grimpe le Mont Calderico jusqu’aux moulins en enfilade…

« C’est alors qu’ils découvrirent dans la plaine trente ou quarante moulins à vent…
― Vois-tu là-bas, Sancho, cette bonne trentaine de géants démesurés ? Eh bien, je m’en vais les défier l’un après l’autre et leur ôter à tous la vie.
― Des géants ? Où ça ?
Là devant toi, avec ces grands bras dont certains mesurent presque deux lieues.
Ce qu’on voit là-bas, ce ne sont pas des géants, mais des moulins ; et ce que vous prenez pour des bras, ce sont leurs ailes, qui font tourner la meule quand le vent les pousse.
On voit bien que tu n’y connais rien en matière d’aventures. »

 « Ne fuyez pas, lâches et viles créatures, c’est un seul chevalier qui vous attaque ! »

« Bien couvert de son écu, la lance en arrêt, il se précipita au grand galop de Rossinante et, chargeant le premier moulin, qui se trouvait sur sa route, lui donna un coup de lance dans l’aile, laquelle, actionnée par un vent violent, brisa la lance, emportant après elle le cheval et le chevalier, qu’elle envoya rouler sans ménagement dans la poussière. »

« Miséricorde ! Est-ce que je ne vous avais pas dit, moi, de faire attention, et que c’étaient des moulins à vent ? Il n’y avait pas moyen de s’y tromper, à moins d’avoir d’autres moulins qui vous tournent dans la tête ! »


Le soleil cogne…
Horizon de pieds de vigne sur des mottes de taupes géantes et invisibles, d’oliviers sur des langues de terre rouge, de silos plus hauts que des cathédrales…
Quelques compagnies de géants à cheval sur cet horizon dérangent à peine quelques maisons blanches à ras de terre…

« Il était tout juste minuit, ou à peu près, lorsque don Quichotte et Sancho découvrirent la noble cité du Toboso. On entendait que les aboiements des chiens, qui assourdissaient don Quichotte et troublaient le cœur de son écuyer. De temps en temps, un âne se mettait à braire, un cochon à grogner, des chats à miauler. Tous ces bruits amplifiés par le silence, semblèrent à l’amoureux chevalier de mauvais augure. »


Des rios tout secs enjambent des ponts saugrenus…
Après un détour à Las Pedroñeras pour acheter des têtes d’ail, c’est comme acheter du nougat à Montélimar, nous prenons la route des lagunes de Ruidera…

« À présent, je comprends pourquoi l’on dit que les bonheurs de ce monde passent comme une ombre, comme un rêve, ils se fânent aussi vite qu’une fleur des champs.
Ô, infortuné Montésinos ! Ô, Durandart, si cruellement blessé ! Malheureuse Belerma ! Et vous, eaux plaintives du Guadiana ! Et vous, tristes filles de Ruidera, dont les beaux yeux ont tant pleuré, comme on le voit à vos lagunes ! »
« Pardonne-moi, mon ami, si je t’ai donné l’occasion de paraître aussi fou que moi, en te faisant tomber dans l’erreur où j’étais moi-même de croire qu’il y a eu et qu’il y aura toujours des chevaliers errants dans le monde. »
« Comme rien de ce qui appartient à l’homme n’est éternel, car en ce monde les choses vont en déclinant de leur commencement à leur fin dernière, en particulier la vie humaine, et comme celle de don Quichotte n’avait pas reçu du ciel le privilège de suspendre son cours, elle parvint à son terme quand il s’y attendait le moins. »
« Hélas ! Ne mourez pas, monsieur; suivez plutôt mon conseil et vivez encore longtemps. La plus grande folie que puisse faire un homme dans cette vie, c’est de se laisser mourir, tout bêtement… »

Ruidera est une oasis… On peut nager dans les lagunes en compagnie de petits poissons verts et transparents… À quelques kilomètres tout est sec et le ciel, poussiéreux de l’ivraie que le vent balaie des champs de blé… Tous les soirs, à la même heure quelques orages nettoient le ciel avant l’arrivée des étoiles, et donnent à boire aux vers de terre…
Avant de planter une tente, faut-il regarder vers le haut ou vers le bas ? Doit-on d’abord considérer les avantages de la topographie ou de la cosmogonie ? Odile examine les constellations, j’étudie le terrain.

Camping Los Molinos, Ruidera, La Mancha.

17 juillet 2006

Les commentaires sont clos.