Victor Hugo

Voyages : Pyrénées


hugo_victorLes Landes, de Bazas à Mont-de-Marsan, ne sont autre chose qu’une interminable forêt de pins, semée çà et là de grands chênes, et coupée d’immenses clairières que couvrent à perte de vue les landes vertes, les genêts jaunes et les bruyères violettes. La présence de l’homme se révèle dans les parties les plus désertes de cette forêt par de longues lanières d’écorce enlevées au tronc des pins pour l’écoulement de la résine.
Point de villages, mais d’intervalle en intervalle deux ou trois maisons à grands toits, couvertes de tuiles creuses à la mode d’Espagne et abritées sous des bouquets de chênes et de châtaigniers. Parfois le paysage devient plus âpre, les pins se perdent à l’horizon, tout est bruyère ou sable ; quelques chaumières basses, enfouies sous une sorte de fourrure de fougères sèches appliquées au mur, apparaissent çà et là, puis on ne les voit plus, et l’on ne rencontre plus rien au bord de la route que la hutte de terre d’un cantonnier et, par instants, un large cercle de gazon brûlé et de cendre noire indiquant la place d’un feu nocturne.
Toutes sortes de troupeaux paissent dans les bruyères, troupeaux d’oies et de porcs conduits par des enfants, troupeaux de moutons noirs ou roux conduits par des femmes, troupeaux de bœufs à grandes cornes conduits par des hommes à cheval. Tel troupeau, tel berger.
Sans m’en apercevoir et croyant ne peindre qu’un désert, je viens d’écrire une maxime d’état.

Photo : Victor Hugo par Nadar (vers 1884)

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