Canal du Midi I France


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Pierre-Paul_RiquetCanal du Midi ou canal du Languedoc
Canal de navigation long de 241 km, reliant la Méditerranée à la Garonne. Il commence à Toulouse et aboutit à l´Étang de Thau après avoir franchi le seuil de Naurouze (altitude 151 m).
Il fut inauguré en 1680.
Le Petit Robert

Pierre Paul de Riquet
(Béziers, 1604 – Toulouse, 1680).
Ingénieur français. Il construisit le canal du Midi (1666-1681) pour lequel les crédits alloués étant insuffisants, il fit don de sa fortune.
Le Petit Robert

 

Treize pauses vélocipédiques et anecdotiques


timbre_marseilleAccrochés aux rails et aux charpentes métalliques des sachets en plastique claquent au vent, on dirait des oiseaux noirs éventrés… Mauvais augures…
Gare saint Charles, Marseille.
11 août 1997

 

La pluie tombe sur les vignes des Corbières.
J’ai vu un trou bleu dans le ciel gris de Montpellier.
À Narbonne, j’espère encore que le soleil s´étalera sur les toits roses de Toulouse…


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Écluse d´Emborrel, près d´Avignonet Lauragais

C’est triste des tournesols
sous une averse d’été,
et ce n´est pas drôle
un cycliste jusqu´aux os trempé…

Étape au camping Le Radel.
En un clin d´œil j’ai monté la tente. Mon paquetage a pris l’eau. Après une douche ravigotante, j’ouvre une boîte de salade mexicaine et de sardines à l´huile… La nuit est tombée, tout est mouillé.

boite_sardineLe pays de Cocagne est plein de flaques d’eau. Je me roule une cigarette. Je sors de la tente pour mieux voir les étoiles mais en l´ouvrant j’aperçois dans sa cahute, auréolée sous le néon, la tête et les oreilles décollées du propriétaire du camping, bizarre mais sympathique.


Écluse de l’Océan, Seuil de Naurouze

J’ai repris le chemin de halage accompagné par les gazouillis des oiseaux et la rumeur de l’eau.
Au-dessus de ma tête, un sillon d’azur serpente entre les cimes dorées des chênes et des platanes.
Je m´arrête avant l’écluse de l’Océan pour une étape à la terrasse d’un troquet devant un café noir, quelques tartines de pain, du beurre et de la confiture de myrtilles.

Grâce à des réservoirs, des déversoirs, des écluses et des rigoles, l’eau dévale les pentes de la Montagne Noire, elle s´épanche entre les platanes, les cèdres, les érables et les pins d’Alep plantés au seuil de Naurouze, elle hésite entre les courants invisibles de la Méditerranée ou de l’Atlantique.


Et quelques grammes de nicotine après

Les vacanciers sur les pénichettes hésitent entre la sieste et la pêche à la ligne, l’ennui et l’apéritif.
La chambre à air du pneu avant est trouée comme une passoire. Je pousse mon vélo jusqu´à Pezens… J’ai crevé à trois reprises à cause des épines des acacias.

Cinquante centilitres de bière environ et quelques milligrammes de nicotine me décontractent un peu…
Un automobiliste me conduit jusqu´à une zone commerciale à l’entrée de Carcassonne. J´achète trois chambres à air…


La roue tourne, c´est mon tour

J’ai trois chambres à air intactes mais je suis crotté de boue des pieds à la tête, et mon vélo des rayons au guidon. Après une douche, je vais à pieds jusqu´à Penautier où coule le Fresquel…

C’est dimanche, les épiceries et les bistrots sont fermés… Mon estomac a un creux. Des rayons de soleil dorent les vignes encore un peu. Le snack du camping est fermé aussi mais l’épouse du patron propose de me cuisiner un steak frites et de me servir une bière… La roue tourne…


Entre les coteaux du Minervois

J’ai laissé les berges du canal pour monter sous le soleil, entre les coteaux du Minervois, jusqu´à l’éperon rocheux de Montolieu, le village des bouquinistes qui surplombent les gorges de la Dure et de l’Alzeau. L´haleine vaporeuse de la terre couvre les pieds des vignes. À Ventenac Cabardès, je demande la direction de Moussoulens à un vigneron…

J’ai une carte routière détaillée mais l’accent du Languedoc me donne l’impression de voyager dans un pays étranger.


Midi, la Départementale pue le goudron…

Je redescends à Pezens. Sous les platanes ombrageux du canal, des oies de Guinée me saluent avec des battements d’ailes. Je pousse mon vélo jusqu´à l’écluse de Fresquel, une épine d’acacia a crevé le pneu avant… On m´a jeté un sort !

Un bouledogue baveux, avachi sur une carpette devant le seuil de la maisonnette vise à distance les manœuvres des plaisanciers. Les bouées d’un voilier démâté crissent contre les bajoyers, l’éclusier ouvre tranquillement les vantaux à la manivelle.


Le pneu idéal

Après Homps et le réservoir de La Redorte, au niveau de l’écluse d’Ognon, la crue a sorti les péniches du chenal. Après quelques glissades dans la boue, j’emprunte la Départementale en passant par Ventenac en Minervois et Ginestat. Je passe la nuit à Mirepeisset…

gandhiDes insectes tournoient autour des lampions, les étoiles percent la nuit noire… Une rustine collée sur le front, comme les Hindous, je vais rêver dans mon nirvana au pneu idéal…


On dirait une cigale mécanique

Après quelques courses chez l’épicier (une bouteille d’eau minérale, deux tranches de jambon cru, un fromage de chèvre et deux yaourts), j’achète encore deux poires et quelques abricots à une maraîchère gitane peut-être, d’énormes anneaux trouent ses oreilles et son patois a des accents ibériques.

Je retrouve le canal au Somail. L´air est comme un gaz hilarant, l’eau comme un miroir aux alouettes. J’écoute mon vélo, on dirait une cigale mécanique…


Une boîte de lentilles au thon

Après les champs de blé et de tournesols, les vignes et les oliviers, des ponts arqués comme des dos d’âne enjambent le canal… Les racines des platanes sortent de la terre comme les mandibules ou les tentacules d’un monstre aquatique ou ténébreux…
Entre les troncs, j’aperçois des beffrois et des églises, des tours de châteaux, d’horribles gargouilles… Après Capestang, j’entame une boîte de lentilles au thon, et je me dis… Pourquoi aller à Tombouctou ?


Un soleil aztèque

À Poilhes, coincé entre l’église et la mairie, un vieil ormeau avec un tronc creux donne encore des feuilles grâce à son écorce…
Je grimpe jusqu´à l’oppidum d’Enserune. La collinette est couronnée de pins et de figuiers, les cyprès pointus taquinent les nuages ouatés. En contrebas, l’étang asséché de Montady est comme un énorme entonnoir, une roue de charrette, ou un soleil Aztèque.
Je rejoins au Tunnel de Malpas le long bief jusqu´aux écluses de Fonserannes, à Béziers.


Terminus

televisionAvant Agde le canal est un égout…
J’emprunte la Nationale. Terminus…
J’ai trouvé un camping au Grau d’Agde. Le propriétaire en tricot maculé, un mégot coincé entre ses dents jaunes et plombées, me montre avec son menton une pancarte :
« Complet »… En trois secondes, je choisis mon rictus le plus cordial pour lui répondre :
« J’ai un petit igloo et un vélo, et je pars demain matin… ». La terre est dure, le caillou pointu, mes voisins ont la télévision comme à la maison.


À la santé de Pierre-Paul Riquet…

supralta_spaghettiSous l´œil narquois du serveur, j’essaie d’entortiller autour de ma fourchette des spaghettis trop cuites et trop huileuses… « C’est bon ! Hein !? »… Ma réponse est un rictus qui m´évite une réplique du genre : « Va te faire empapaouter chez les Grecs ! » Et je réponds poliment : « Un pichet de rosé, s´il vous plaît ! »…

 

Entre les sémaphores, le soleil est passé de l’autre côté…
C´est le moment où jamais de lever son verre à la santé de Pierre-Paul Riquet…
14 août 1997

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