Gustave Flaubert

Mémoires d’un fou


flaubert_gustaveIl y a quelques années personne n’y venait malgré sa plage d’une demi-lieue de grandeur et sa charmante position, mais, depuis peu la vogue s’y est tournée ; la dernière fois que j’y fus, je vis quantité de gants-jaunes et de livrées, on proposait même d’y construire une salle de spectacle.
Alors, tout était simple et sauvage, il n’y avait guère que des artistes et des gens du pays. Le rivage était désert, et à marée basse on voyait une plage immense avec un sable gris et argenté qui scintillait au soleil, tout humide encore de la vague. – À gauche, des rochers où la mer battait paresseusement, dans ses jours de sommeil les parois noircies de varech, puis au loin l’océan bleu sous un soleil ardent et mugissant sourdement comme un géant qui pleure.
Et, quand on rentrait dans le village, c’était le plus pittoresque et le plus chaud spectacle: des filets noirs et rongés par l’eau étendus aux portes, partout les enfants à moitié nus marchant sur un galet gris, seul pavage du lieu, des marins avec leurs vêtements rouges et bleus, et tout cela simple dans sa grâce, naïf et robuste, – tout cela empreint d’un caractère de vigueur et d’énergie.

Photo : Gustave Flaubert par Nadar

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