Georges Perec

Tentative d’épuisement d’un lieu parisien


La date : 19 octobre 1974 (samedi)
L’heure : 10 h 45
Le lieu : Tabac Saint-Sulpice
Le temps : pluie fine, genre bruine
Passage d’un balayeur de caniveaux

perec_georgesPar rapport à la veille, qu’y a-t-il de changé ? Au premier abord, c’est vraiment pareil. Peut-être le ciel est-il plus nuageux ? Ce serait vraiment du parti pris de dire qu’il y a, par exemple, moins de gens ou moins de voitures. On ne voit pas d’oiseau. Il y a un chien sur le terre-plein. Au-dessus de l’hôtel Récamier (loin derrière ?) se détache dans le ciel une grue (elle y était hier, mais je ne me souviens plus l’avoir noté). Je ne saurais dire si les gens que l’on voit sont les mêmes qu’hier, si les voitures sont les mêmes qu’hier ? Par contre, si les oiseaux (pigeons) venaient (et pourquoi ne viendraient-ils pas) je serais sûr que ce seraient les mêmes.
Beaucoup de choses n’ont pas changé, n’ont apparemment pas bougé (les lettres, les symboles, la fontaine, le terre-plein, les bancs, l’église, etc.) ; moi-même je me suis assis à la même table.
Des autobus passent. Je m’en désintéresse complètement.
Le Café de la Mairie est fermé. Le kiosque à journaux aussi (il n’ouvrira que lundi)
(il me semble avoir vu passer Duvignaud, se dirigeant vers le parking)
Passe une ambulance pimponnante, puis une dépanneuse remorquant une DS bleue.
Plusieurs femmes traînent des cabas à roulettes
Arrivent les pigeons ; ils me semblent moins nombreux qu’hier
Afflux de foules humaines ou voiturières. Accalmies. Alternances.
Deux « Coches Parisiens » sortes de cars à plates-formes passent avec leur cargaison de Japonais photophages
Un car Cityrama (des Allemands ? des Japonais ?)
La pluie s’est arrêtée très vite; il y a même eu pendant quelques secondes un vague rayon de soleil.
Il est 11 heures et quart.

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