Pierre Benoît

Les Agriates


benoit_pierreLes Agriates ! Une espèce de formidable chaos rocheux d’une quarantaine de kilomètres de long, large à peu près d’une trentaine, limité au sud par les ombrages et les vallées du Nebbio, au nord par la mer, de l’Ile-Rousse à la base du Cap Corse.
L’été, quand le soleil tape à fond là-dedans, la roche rougeoie, paraît sur le point d’éclater ; la chaleur est la même qu’à l’intérieur d’une cuve de cuivre. Pas un village, bien entendu. À part les paillers, misérables cubes de pierres empilées, trois maisons, en tout et pour tout : celle des douaniers de la marine de Malfalco, à peu près en ruines ; celles d’Iffana ; celle-ci enfin. […]
Il y a trois montagnes, au beau milieu des Agriates, qui portent respectivement les noms de mont Genova, la plus élevée, de mont Alti Sardi, de mont Faraca. Sitôt le col de Cerchio dépassé, on commence à les apercevoir de la route en corniche qui va de Bastia à Calvi. Dans le triangle ainsi délimité se trouve ce qu’on nomme la vallée du Zente. Drôle de vallée ; drôle de rivière, je vous prie de le croire ! Elle est mentionnée sur les cartes, paraît-il. Personnellement, j’aime autant dire que, sauf au moment des grandes pluies de février, je n’y ai jamais vu beaucoup d’eau. Elle ne s’en paie pas moins le luxe d’avoir un affluent sur sa gauche, le Fottivento, où l’on en rencontre encore moins. […]
Le cadastre des Agriates est, on le pense, assez primitif. Les quatre ou cinq cents hectares de pierrailles, hérissées de maigres buissons, que leurs ancêtres ont légué à nos maîtres, n’ont jamais représenté pour eux qu’une propriété aux origines plutôt incertaines.

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