Yann Ber Kalloc’h

Ar en deulin (À genoux)

Je suis né au milieu de la mer
Trois lieues au large ;
J’ai une petite maison blanche là-bas,
Le genêt croît près de la porte,
Et la lande couvre les alentours.
Je suis né au milieu de la mer,
Au pays d’Armor.

Me zo ganet é kreiz er mor Tèr lèu ér méz ;
Un tiig gwenn duhont em-es,
Er benal ‘gresk etal en nor,
Hag el lann e hol en avez.
Me zo ganet é kreiz er mor
E bro Arvor.

Mon père, comme ses aïeux,
Était matelot;
Une vie obscure et sans gloire,
La gloire, un pauvre n’en a cure,
Nuit et jour sur l’océan bleu
Père fut comme ses aïeux
Traîne-filets.

Me e oé, él é dadeu,
Ur matelod;
Béùet en-des kuh ha diglod,
Er peur ne gan dén é glodeu,
Bamdé-bammoz ar er mor blod.
Me zad e oé, el e dadeu,
Steleijour-rouèdeu.

Ma mère aussi travaille,
Malgré ses cheveux blancs ;
Avec elle, à la sueur de nos fronts,
J’ai appris, tout petit,
À moissonner et à arracher les pommes de terre ;
Ma mère aussi travaille
Pour gagner du pain…

Me mamm eùé e laboura,
Ha gwenn hé blèu ;
Geti, en hwéz ar on taleu,
Disket em-es bihannig tra,
Médein ha tennein avaleu.
Me mamm eùé e laboura D’hounid bara…

Tombé au champ d’honneur le 10 avril 1917 à Urvillers (Aisne).
Ar en deulin est un recueil de poèmes posthumes composés au front. Yann Ber Kalloc’h exprime sa foi chrétienne, l’amour de sa langue et ses sentiments politiques teintés d’autonomisme. Il désire d’abord devenir prêtre mais il doit renoncer à sa vocation car ses deux sœurs et son frère cadet souffrent d’une maladie nerveuse. Or, le droit canon interdisait la prêtrise à ceux dont un ascendant est atteint d’une telle maladie. Il devient répétiteur, et prenant pour pseudonyme son nom de barde, Bleimor (Loup de mer), il collabore à divers journaux régionalistes et autonomistes, dont Le Pays Breton.

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